29/08/2011

ONU

 

 

 

Un rapport dénonce le «diktat» de l’Anglais à l'ONU

L’Observateur de la francophonie vient de remettre son premier rapport sur l’usage du français à l’ONU


Dans les instances onusiennes, l’anglais domine. Plus personne ne s’en étonne où ne s’en émeut. Sauf l’observateur de la francophonie. Depuis un an, le journaliste Gorgui Wade Ndoye a été chargé par l’Association des journalistes francophones de traquer les discriminations linguistiques au sein de l’ONU (1). Son premier rapport vient de tomber. Une dizaine de pages qui prennent actes de la frustration des francophones mais attestent aussi de leur volonté de ne pas se plier au «diktat» d’une seule langue.

Ce qui pourrait paraître un combat d’arrière-garde met en lumière un malaise beaucoup plus profond dont Genève «canton francophone» est la première victime. «Un journaliste africain francophone est obligé de comprendre l’anglais pour travailler correctement aux Nations Unies alors que son collègue américain ou britannique peut vivre plus de 20 ans à Genève, dans la ville de Calvin, de Rousseau, de Voltaire sans devoir prononcer aucune phrase en français», proteste, avec son franc-parler légendaire, Gorgui Wade Ndoye.

Un principe et une valeur

Le fondateur de Continent premier n’y va pas avec le dos de la cuillère lorsqu’il s’agit de dénoncer «le manque de considération subi par la langue française» au sein de l’ONU. «La diversité linguistique et culturelle reste un droit, un principe et une valeur», martèle Gorgui Wade Ndoye. A force de le dire haut et fort, il a été entendu.

La directrice de l’information, Corinne Momal-Vanian a été la première à prendre acte des protestations mais aussi et surtout de la gêne qu’engendre la diffusion de communiqués rédigés, parfois, seulement en anglais. Elle a rappelé que l’ONU et ses agences avaient entrepris «de vrais efforts» pour maintenir un équilibre. Et d’assurer: «Les inégalités persistantes entre l’usage de l’anglais et du français ne sont pas une fatalité.»

L’ambassadeur Pape Louis Fall, inspecteur des Nations Unies et Coordinateur du rapport destiné à l’Assemblée générale des Nations Unies sur la situation du multilinguisme dans les instances onusiennes a salué l’initiative de l’Association des journalistes francophones. Laquelle avait souhaité créer le poste d’observateur pour qu’il joue le rôle d’aiguillon et défende la place du français à l’ONU. Pour le rôle d’aiguillon, c’est gagné!

La routine s’est installée

Le rapport rendu cette semaine montre à quel point la tâche est immense même si un récent sondage effectué au sein des Nations Unies à Genève (ONUG) relève que 98% du personnel indique utiliser l’anglais au travail, et 87% le français. Mais cette médaille a son revers. Pour l’année 2010, 73,5% des documents ont été soumis en originaux anglais et 14,9% en originaux français.

L’observateur de la francophonie relève que «le manque de réaction a installé une certaine routine dans le recrutement et l’envoi de fonctionnaires non francophones à Genève». «Les porte-parole des différentes institutions et organes du système onusien se sont installés confortablement dans un monolinguisme dont les conséquences les plus visibles sont la rédaction de communiqués de presse et des conférences de presse exclusivement en anglais», déplore-t-il.

Aujourd’hui, il y a moins de journalistes américains et anglais accrédités au Palais des Nations que durant la guerre la froide. «Paradoxalement», constate le rapport «la majorité de francophones, les Espagnols, les Chinois, les Arabes et les Russes sont obligés de se soumettre au diktat de la langue anglaise». Si elle gagne du terrain, la mobilisation des francophones pour préserver l’usage du français se heurte aujourd’hui à une réalité budgétaire peu propice au développement des crédits alloués aux traductions.

(1) www.francophonu.org

Alain Jourdan

 

 

Commentaires

Merci de cet article.

Il indique quelques éléments encourageants mais autant de forces de résistance.

Le combat à mener est rude et le poursuivre ne semble pas relever de l'acquis!

Néanmoins pas encore tout-à-fait vain, il laisse planer une lueur d'espoir quant à la valeur que peut encore représenter le français.

Bien à vous,

Hélène Richard-Favre

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 29/08/2011

Faut venir dans les missions de l'ONU au niveau de pays francophones pour se rendre réellement compte de la domination de l'anglais. Le combat est rude, long, complexe mais en vaut la peine. Bonne continuation Gorgui. Que vive la diversité lingustique.

Écrit par : abdou | 29/08/2011

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