04/10/2011

Médias

«Les journaux auront disparu en 2040»

Les supports numériques vont gagner la bataille de l’information, prédit le directeur général de l’OMPI. Le «papier» serait condamné…

La semaine a été riche en actualité pour l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI). L’inauguration de son nouveau bâtiment et la soirée de gala en présence de Barbara Hendricks ont fait oublier que cette semaine était aussi celle de la rentrée pour les Etats membres. Réunis en assemblée générale, ils ont planché sur l’évolution du système des brevets. Un casse-tête planétaire. Le plus gros chantier concerne les droits d’auteur. L’explosion des supports numériques appelle de nouvelles règles. A cette occasion, le directeur général de l’OMPI, l’Australien Francis Gurry, a souligné que les journaux sont condamnés à disparaître.


Vous avez annoncé la disparition des journaux. En êtes-vous vraiment sûr?

Dans quelques années (1), il n’y aura plus de journaux imprimés tels qu’on les connaît aujourd’hui. C’est une évolution. Ce n’est ni bien, ni mal. Il y a des études qui annoncent leur disparition pour 2040. Aux Etats-Unis, ce serait pour 2017.

Pensez-vous que ces prévisions sont crédibles?

Je pense que c’est inévitable. Aux Etats-Unis, le taux de croissance des achats de livres numériques est déjà supérieur au taux de croissance des acquisitions de livres physiques. Regardez ce qui se passe. On trouve de moins en moins de magasins de disques et de moins en moins de librairies. Ce n’est pas seulement à cause de la «virtualisation» de tout. C’est aussi à cause de l’intermédiation. Aujourd’hui, on peut acheter directement en passant par d’autres fournisseurs.

Que vont apporter ces changements selon vous?

Si je m’en tiens à mon expérience personnelle, avec ma tablette numérique, je peux lire un journal australien tous les matins en étant à Genève. Cela n’a rien à voir avec le journal papier. La lecture est complètement différente. Je peux regarder des images mais aussi les vidéos qui accompagnent l’article qui m’intéresse.

Quel type de problème va poser cette évolution à l’avenir?

Ce développement va poser la question de la rémunération des journalistes. Comment les éditeurs vont-ils trouver un revenu pour payer ceux qui écrivent les articles? C’est cela la question et c’est cela la fonction que les droits d’auteur ont toujours jouée.

On revient toujours à la question des droits d’auteur…

Oui, et c’est un énorme chantier parce qu’on s’attend à ce que tous les contenus deviennent virtuels. La plupart des artefacts sont en voie de disparition. Je ne dis pas cela pour me lamenter, c’est un fait auquel il faut s’ajuster et auquel il faut ajuster le système du droit d’auteur. On sait que cette transition ne sera pas facile. C’est une très grande étape pour la démocratisation du savoir. Il faut garder le système des droits d’auteur comme mécanisme pour récompenser les créateurs. Sans cela, ils ne pourront pas vivre.

Et ce sont des problèmes que vous devez gérer à l’échelle planétaire?

Absolument.

Est-ce que cela veut dire que l’OMPI tend à devenir aussi importante que l’OMC?

Je ne dirai pas cela mais ce qu’on peut dire, c’est qu’il y a une tendance qui se dégage clairement. Le taux d’investissement dans les biens intangibles augmente à un rythme plus élevé que le taux d’investissement dans les biens tangibles. Cela entraîne une forte croissance dans la demande de titres de propriété intellectuelle que ce soit dans le domaine de la santé, de l’environnement ou de la culture.

Peut-on dire qu’il y a une corrélation directe entre le dépôt de brevets et la croissance économique?

L’essor de la propriété intellectuelle est souvent un très bon indicateur de l’activité économique et technologique d’un pays. Avec la Chine, on assiste à une explosion du nombre de demandes de dépôt de brevet. Ce n’est pas encore le deuxième pays en matière d’enregistrements mais le taux de croissance est aux alentours de 30% par an.

Pourquoi avez-vous choisi de vous agrandir à Genève alors que d’autres organisations préfèrent délocaliser leurs activités?

D’abord, nous avons toujours été centralisés à Genève et cela nous a bien servis. On n’a aucune raison d’envisager la possibilité d’autre chose. Nous sommes une entreprise assez virtuelle. Les utilisateurs déposent en ligne, on traite en ligne. L’infrastructure de Genève et Genève comme lieu de rencontre international sont deux atouts qui nous vont très bien.

Il y a quelques années, la réputation de l’OMPI a été entachée par quelques scandales et des guerres intestines…

On a fait un gros travail. La mauvaise période est derrière nous.

(1) http://futureexploration.net/Newspaper_Extinction_Timeline.pdf

Alain Jourdan

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