18/10/2011

Afrique

Le Gabon sort du bois

Coupe d’Afrique des Nations, grands travaux, le pays est pris d’une frénésie d’investissements

Depuis l’arrivée d’Ali Bongo, le Gabon est engagé dans une in croyable course contre la montre. Jamais le pays n’a vu autant de chantiers lancés en même temps. Il y a quelques jours a été inaugurée une gigantesque plate-forme dédiée notamment à la transformation du bois (lire encadré) . Un secteur en pleine mutation. En janvier 2010, le Gabon a interdit les exportations de bois pour que se développe une filière de transformation pourvoyeuse d’emplois et de revenus.

La frénésie d’investissements qui est en train de transformer le pays soulève de nombreuses interrogations. Les Gabonais sont méfiants. Ils ont déjà connu cela dans les années 70. Des travaux commencés de partout puis stoppés net du jour au lendemain. Le président gabonais joue gros. Sa crédibilité est dans la balance tant sur le plan intérieur que sur la scène internationale. Son élection en 2009 a laissé un goût amer à ses opposants.

Fin de la Françafrique

Le fils allait-il pérenniser le système mis en place par son père? On sait, grâce aux récentes confidences de l’avocat franco-libanais Robert Bourgi, que par le passé l’argent du clan Bongo a servi à financer les partis politiques français quand il ne servait pas à acquérir de luxueux biens immobiliers dans la capitale. Pour l’instant, une seule réalité s’impose: le Gabon d’aujourd’hui n’est pas le Gabon d’hier. Finie la Françafrique de papa. Les Français ne sont plus en terrain conquis.

Les entreprises chinoises, indiennes, américaines ou encore israéliennes ont largement entamé le gâteau jadis dévolu aux entreprises de l’Hexagone. Les premiers clients du Gabon sont les Etats-Unis (48%) et la Chine (8,6%). La France reste le principal fournisseur du Gabon avec environ 35% de parts de marché, mais ses entreprises sont soumises aux règles du marché et son influence sur les affaires du pays diminue. Depuis son arrivée, Ali Bongo a fait un grand ménage en mettant sur la touche tous ceux qui travaillaient dans l’ombre de son père. Jadis, chaque ministre était maître de son budget, rendant toutes les dérives possibles. Aujourd’hui, tous les chantiers sont sous la tutelle de l’Agence nationale des grands travaux. Sa mission: faire respecter les budgets et les échéanciers.

Pétrole, gaz, bois, manganèse…

Ali Bongo s’est engagé à réformer l’Etat et à revoir le processus de décision. Là aussi, il est attendu au tournant. En juin dernier, lors d’une visite à la Maison-Blanche, le président gabonais a eu droit à une petite leçon de morale. Barack Obama l’a pressé de prendre «d’audacieuses mesures pour éradiquer la corruption et réformer le système judiciaire et toutes les institutions clés afin d’assurer la protection des droits de l’homme». Le Gabon dispose des ressources nécessaires pour sortir de la pauvreté et accéder au statut de pays émergent avec à terme une croissance à deux chiffres. Pour le moment, elle dépasse les 5%. Le pays compte à peine 1,5 million d’habitants. Grâce au pétrole, au gaz, aux ressources minières (manganèse) et au bois, cet objectif est à portée de main.

La capitale Libreville, où se concentre 60% de la population, est la première à bénéficier de cette pluie d’investissements. Une centaine de projets pour un montant de 16 milliards de dollars. Ce qui retient l’attention depuis quelques semaines, c’est l’achèvement de la construction du stade de l’amitié sino-gabonaise qui doit accueillir la Coupe d’Afrique des Nations (CAN 2012) agendée du 21 janvier au 12 février 2012. Ce chantier a donné quelques sueurs froides aux Gabonais. Ali Bongo a dû demander à la Chine d’accélérer la cadence pour que tout soit terminé dans les délais. Une performance pour le Gabon! Mais à quel prix? Comme sur tout le reste du continent africain, les entreprises chinoises s’installent avec hommes et bagages.

Reste à faire face, maintenant, au formidable défi logistique que représente l’acheminent du public jusqu’au stade les jours où auront lieu les matches. Des engins s’affairent à construire des routes, des échangeurs et mêmes des ronds-points tout autour de Libreville. «Pour l’instant, seuls 13,5% des routes du pays sont bitumées. Nous voulons porter cette part à 45% d’ici à 2016», affirme Leon Nzouba, ministre de l’Equipement et des Infrastructures.

Les grues sont partout. De nouveaux hôtels sont en construction, d’autres sont en rénovation. Mais il y a plus important que le stade: des investissements structurants comme de nouveaux hôpitaux et un centre cancérologique ultramoderne bâti à quelques centaines de mètres du stade. «Notre système sanitaire n’était plus opérationnel», reconnaît le ministre de la Santé, Flavien Nziengui.

Le défi de «l’émergence»

A quelques kilomètres de Libreville, à Alenakiri, le groupe israélien Télémédia vient de livrer une centrale électrique flambant neuve. Alimentée par le gaz puisé au large des côtes gabonaises, elle va produire 70MW. «Actuellement, notre production énergétique couvre seulement 70% de nos besoins électriques», explique Régis Immongault, ministre l’Energie. Près de 2,5 milliards de dollars seront investis d’ici à 2020 pour atteindre cet objectif. Actuellement, les délestages sont encore monnaie courante.

Pour l’eau, c’est encore pire. Là aussi, de coûteux investissements sont prévus. Les projets les plus prometteurs concernent l’habitat. Ils ont été couchés sur le papier par les architectes et ingénieurs du géant américain de la construction Bechtel, qui prévoit la construction de milliers de logements à bas coûts au nord de l’aéroport de Libreville. «Nous voulons booster ce pays», explique l’entourage d’Ali Bongo. «Nous respecterons les critères de mixité sociale et nous créerons un véritable centre des affaires au centre de Libreville», promet le ministre de l’Habitat, Blaise Louembe.

Les plus pessimistes trouvent la mariée trop belle et prédisent une sortie de route. D’autres relèvent que pour la première fois de jeunes Gabonais formés et diplômés à l’étranger rentrent au Gabon pour relever le défi de «l’émergence», cheval de bataille du président. Peut-être un signe. La population, elle, reste encore sceptique, relevant que pour l’instant cette frénésie de travaux s’est surtout traduite par une flambée des prix et que 30% des jeunes restent encore sans emploi.

Boom ou mirage? Le Gabon annonce d’ores et déjà que le PIB par habitant est passé de 8724dollars en 2010 à 11045dollars en 2011.

De retour de Libreville / Alain Jourdan

 

04/10/2011

Médias

«Les journaux auront disparu en 2040»

Les supports numériques vont gagner la bataille de l’information, prédit le directeur général de l’OMPI. Le «papier» serait condamné…

La semaine a été riche en actualité pour l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI). L’inauguration de son nouveau bâtiment et la soirée de gala en présence de Barbara Hendricks ont fait oublier que cette semaine était aussi celle de la rentrée pour les Etats membres. Réunis en assemblée générale, ils ont planché sur l’évolution du système des brevets. Un casse-tête planétaire. Le plus gros chantier concerne les droits d’auteur. L’explosion des supports numériques appelle de nouvelles règles. A cette occasion, le directeur général de l’OMPI, l’Australien Francis Gurry, a souligné que les journaux sont condamnés à disparaître.

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